Les
bactéries de la peau, contre la vieillesse
Il y a 30 ans seulement, on s’extasiait devant la photo de
famille avec une grand-mère au centre, ridée, cheveux gris, tenant sur ses
genoux ses petits-enfants. Aujourd’hui, cette même scène ne fait rêver que s’il
s’agit de l’arrière-grand-mère !
De nos jours, la femme de 60 ans
incarne la beauté mature, voire une certaine forme de jeunesse, comme en
témoignent les unes de médias où figurent des actrices ou mannequins
affichant une soixantaine resplendissante. Le vieillard d’hier n’est plus celui
d’aujourd’hui.
« Comment Vieillir beau », une nouvelle préoccupation
Selon
une étude récente de l’Insee, en 2050 en France, un habitant sur trois aura
plus de 60 ans, contre 1 sur 5 aujourd’hui. Une petite fille sur trois née en
2003 peut espérer centenaire. Notre espérance de vie augmente donc, et notre
volonté de « vieillir beau » aussi.
L’emprise du temps sur notre horloge
biologique est toujours la même, mais grâce aux progrès de la médecine, les
grands fléaux ont disparu de nos latitudes. De plus, notre mode de vie a changé
: l’exposition déraisonnée au soleil des années 1970 tend à disparaître, nous
surveillons notre alimentation (5fruits et légumes par jour), nous faisons plus
d’activité physique et redevenons moins sédentaire.
Tous
ces changements de comportement sont étroitement liés aux avancées
scientifiques qui ont permis d’acquérir une meilleure connaissance de l’impact
de l’environnement sur nos fonctions vitales, sur nos organes et notre peau.
Évaluer les effets de l’environnement sur la santé grâce à
l’exposome
Le vieillissement, qui commence avant
même la naissance, n’est pas uniquement le fait de notre horloge biologique. Il
résulte aussi de l’interaction de multiples facteurs dont il est difficile
d’apprécier l’influence isolée. Cet ensemble de facteurs est communément appelé
l’exposome.
Le terme exposome est apparu
officiellement en2015 dans le cadre de la loi Touraine . Pour la première
fois, une approche multifactorielle des effets de notre environnement sur notre
santé est envisagée. L’exposome regroupe en effet tous les types d’exposition
que notre organisme subit tout au long de son existence : les rayonnements
ultraviolets (UV), la pollution, les variations extrêmes de température
(exposition prolongée aux infrarouges par exemple), les perturbateurs
endocriniens… L’association de ces différents facteurs contribue à précipiter
le vieillissement.
La pollution, accélérateur de vieillissement
Véritable
problème de santé publique, la pollution est un catalyseur de troubles pour
notre organisme. Connue pour ses méfaits sur la santé humaine (maladies
respiratoires et cardio-vasculaires), ses méfaits sur la peau étaient jusqu’à
récemment occultés.
En
sa qualité d’enveloppe corporelle, la peau subit directement les affronts du
temps et de l’environnement. Le vieillissement cutané fait partie du processus
général de vieillissement de l’organisme. Par son caractère visible, il en
constitue souvent un marqueur précoce. Notre beauté extérieure, notre âge
apparent sont les reflets de notre âge physiologique.
Les
agressions liées à la pollution ont un point commun : elles augmentent le
stress oxydatif dans nos cellules, avec pour conséquence un statut
micro-inflammatoire, quasiment silencieux, responsable de l’altération de nos
cellules, de nos organes, de notre peau.
Le microbiote cutané à la
rescousse
L’être
humain est un écosystème à part entière. En effet, il cohabite avec environ 100
milliards de bactéries, dont 10 millions vivent sur ses mains. Ce microbiote
joue un rôle fondamental pour notre santé. Il participe à l’homéostasie du
corps humain, cet équilibre qui le protège contre une invasion massive
d’importuns peu recommandables : les micro-organismes pathogènes.
Contrairement au microbiote
intestinal, lemicrobiote cutané a été jusqu’à récemment ignoré,
voire considéré comme indésirable (chez nombre de personnes, le lavage des
mains tourne au trouble obsessionnel compulsif !). Des études récentes ont
pourtant montré combien son équilibre était primordial pour la qualité de la
peau et son intégrité .
En raison de la pollution et de
l’emploi de produits de soins de corporels plus ou moins agressifs, on observe
une augmentation drastique des problèmes cutanés tels que des hypersensibilités
ou des dermatites atopiques se
traduisant par l’apparition de rougeurs, de démangeaisons. Si on analyse alors
le microbiote, on constate que celui-ci est perturbé. Dans ces zones abimées,
certaines espèces de « bonnes » bactéries commensales disparaissent au profit
d’espèces potentiellement pathogènes. Qui plus est, des bactéries généralement
présentes dans les zones hydratées migrent vers d’autres endroits, amplifiant
ainsi les sensations d’inconfort des peaux fragilisées.
Il
est possible dans certains cas de « réconcilier » notre peau avec son
environnement en ayant recours à des produits cosmétiques capables de préserver
le microbiote tout en protégeant la peau contre les agressions extérieures :
produits solaires protégeant des UVA et B, crèmes anti-âge luttant contre les
radicaux libres…
L’être
humain est donc un écosystème vivant dans une écosphère potentiellement hostile.
La légendaire fontaine de Jouvence pourrait demain prendre la forme d’une union
harmonieuse entre l’humain, son environnement et son microbiote. Une chose est
sûre : désormais, vieillir beau n’est plus tout à fait une utopie.
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